Comment se débarrasser des souris
Trois gestes, dans cet ordre : boucher les passages, piéger à l’intérieur, et le poison en dernier recours seulement — jamais dans une cuisine, jamais posé à même le sol. C’est l’inverse de ce que fait la plupart des gens, qui commencent par acheter des blocs et finissent par avoir des souris mortes dans les cloisons.
Les autorisations délivrées par l’ANSES sont d’ailleurs explicites sur ce point : les rodenticides anticoagulants ne doivent être utilisés que dans le cadre d’une lutte intégrée, incluant des mesures d’hygiène et des méthodes physiques quand elles sont possibles. Le poison est un complément, pas une solution.
« Rapidement » : le piégeage, pas le poison
Si vous cherchez un résultat rapide, le poison est le pire choix : un anticoagulant met plusieurs jours à agir, et pendant ce temps la souris continue de circuler.
Le piégeage est plus rapide et vérifiable. Vous savez combien vous en avez pris, ce qu’un appât ne vous dit jamais.
Trois règles qui font la différence entre un piège qui prend et un piège qui décore :
- Contre le mur, perpendiculairement. Une souris longe les plinthes et ne traverse pas les espaces ouverts. Un piège au milieu d’une pièce ne prendra rien.
- Beaucoup de pièges, d’un coup. Six pièges pendant trois nuits valent mieux qu’un piège pendant trois semaines : les survivants apprennent.
- Un appât qui colle. Beurre de cacahuète, pâte chocolatée. Le fromage se prend sans déclencher — l’image est fausse.
Placez-les là où vous avez vu des crottes ou entendu du bruit : les documents d’autorisation recommandent la même logique pour les appâts, à savoir près des zones où l’activité a été observée — passages, sites de nidification, trous et terriers.
Boucher, et par quoi
C’est le seul geste qui règle le problème durablement. Une souris passe par un interstice de l’épaisseur d’un crayon, et une maison en offre des dizaines.
Ce qui tient : laine d’acier, grillage fin, mortier, plaque métallique. Une souris ronge le bois, le plastique et la mousse expansive — mais pas le métal.
Ce qui ne tient pas : mousse polyuréthane seule, adhésif, chiffon. Vous les retrouverez percés.
Où chercher, dans l’ordre où ça paye :
- Les passages de canalisation et de gaines sous l’évier, derrière les WC, à l’arrivée du gaz.
- Les bas de porte — un jour de plus de quelques millimètres suffit.
- Les grilles d’aération dégradées, les bouches de VMC.
- Le pourtour des fenêtres de cave et les soupiraux.
- La jonction entre plinthe et sol dans les logements anciens.
Dans les murs : le cas particulier
Entendre gratter dans une cloison est le motif de recherche le plus fréquent, et c’est celui où le poison fait le plus de dégâts.
Ne posez pas d’appât dans une cloison. Une souris empoisonnée meurt là où elle se trouve, souvent inaccessible. Vous aurez une odeur pendant plusieurs semaines, et une infestation d’insectes nécrophages par-dessus.
La bonne approche est inverse : trouver par où elles entrent dans la cloison — généralement un passage de gaine, un coffrage, un vide sous escalier — et boucher ce point après avoir piégé côté pièce. Le bruit cesse quand le passage cesse, pas quand la souris meurt.
Si la cloison est totalement fermée et le bruit persistant, une inspection professionnelle vaut mieux qu’un percement au hasard.
Dans la cuisine : pourquoi le poison y est un mauvais choix
La cuisine est à la fois l’endroit le plus infesté et celui où il faut le moins de poison.
Une souris souille les surfaces qu’elle parcourt. Le réflexe utile n’est donc pas de traiter mais de fermer l’accès à la nourriture : bocaux hermétiques, aucune miette, poubelle fermée, croquettes de l’animal rangées la nuit. Et l’eau autant que la nourriture — un évier essuyé le soir vaut un piège.
Le nettoyage se fait gants aux mains : le port de gants est recommandé aux professionnels de la lutte contre les rongeurs pour se prémunir des maladies qu’ils véhiculent. La même précaution vaut pour vous, et elle vaut aussi pour ramasser un cadavre.
Les endroits à inspecter en premier : le dessous et l’arrière du réfrigérateur, le socle des meubles bas, le vide derrière la plaque de cuisson.
En appartement : c’est l’immeuble
Comme pour les cafards, traiter un logement dans un immeuble infesté revient à écoper. Les souris circulent par les gaines techniques, les vide-ordures, les caves et les faux plafonds.
Ce qui change la situation : prévenir le syndic ou le bailleur par écrit, demander une action sur les parties communes et les caves, et boucher chez vous tout ce qui se referme. Si rien ne bouge, le service communal d’hygiène est l’interlocuteur : les communes sont compétentes sur les problèmes liés aux animaux nuisibles.
Le poison : ce que l’ANSES impose vraiment
Si le poison devient nécessaire, les conditions d’emploi ne sont pas des suggestions. Les autorisations de mise sur le marché les énoncent :
- En poste d’appâtage, et le poste doit être fixé au sol ou à une structure quand c’est possible. Un bloc posé librement est accessible à un enfant et à un animal.
- Étiqueté clairement, indiquant qu’il contient un rodenticide et qu’il ne doit être ni déplacé ni ouvert.
- En zone accessible au public, la zone traitée doit être balisée pendant le traitement, avec une note expliquant le risque d’empoisonnement primaire ou secondaire par les anticoagulants.
Si l’entreprise que vous faites venir ne pose pas de postes fixés et étiquetés, elle ne respecte pas les conditions d’emploi de ses propres produits.
Le risque qu’on ne voit pas
C’est l’argument le plus solide pour garder le poison en dernier, et il ne concerne pas votre logement.
Les anticoagulants de seconde génération s’accumulent en résidus persistants dans les animaux. Un prédateur qui mange une souris empoisonnée est exposé à son tour, et cette exposition secondaire peut être létale. Ce n’est pas théorique : une étude publiée a mis en évidence une association négative entre l’abondance annuelle du faucon crécerelle et ces rodenticides.
Autrement dit, le bloc que vous posez dans le garage peut tuer le rapace qui chassait vos souris. C’est un mauvais calcul même du point de vue du résultat.
Questions fréquentes
Une seule souris, faut-il s’inquiéter ? Une souris isolée existe, mais elle se reproduit vite. Si vous voyez des crottes en plusieurs endroits, ou si vous entendez du bruit la nuit à plusieurs reprises, c’est déjà une population.
Les ultrasons fonctionnent-ils ? Ils ne figurent dans aucune recommandation officielle, et l’accoutumance est le reproche constant qui leur est fait. Ne comptez pas dessus pour remplacer le bouchage.
Un chat suffit-il ? Il peut limiter, il ne règle pas — et il complique le poison, puisqu’il risque de manger une souris empoisonnée.
Et si ce sont des chauves-souris ? Le mot trompe : ce ne sont pas des rongeurs, elles ne rongent rien, et toutes les espèces sont protégées — les détruire ou même déranger leur gîte est interdit. Aucun traitement n’est possible, et aucune entreprise de dératisation ne peut légalement intervenir. Ce qui distingue les deux, et ce qui reste autorisé, est dans chauves-souris : ce que la loi permet.
Comment savoir si c’est une souris ou un rat ? Les crottes : quelques millimètres et pointues pour la souris, nettement plus grosses et arrondies pour le rat. Le bruit aussi — un rat fait un vacarme sans comparaison.
Quand appeler un professionnel ? Quand l’infestation touche plusieurs pièces, quand elle vient de l’immeuble, ou quand le bruit dans une cloison ne cède pas au bouchage. Sur ce que coûte une intervention et ce qu’un devis doit mentionner, voir prix d’une dératisation. Une dératisation menée par une entreprise certifiée Certibiocide comprend le repérage des points d’entrée — c’est cette partie, et non l’appât, qui évite que le problème revienne.
Sources : autorisations de mise sur le marché délivrées par l’ANSES pour les rodenticides — SOURICIDE RATICIDE CANADIEN, FRAP GRAIN’TECH · Annual abundance of common Kestrels is negatively associated with second generation anticoagulant rodenticides